Conférence : cours de religion en Flandre et en Belgique

par Enseigner l'ÉCR 7 janvier 2013 14:30

Le Module ECR et Enseigner l’ÉCR! de la Faculté de théologie et de sciences religieuses de l’Université Laval vous invite à une conférence-midi :

 

Cours de religion en Flandre et en Belgique.

Situation actuelle et débats

 

Cette conférence sera prononcée par le professeur Patrick Loobuyck du Centre Pieter Gillis, University of Antwerp et Ghent University, Belgique

 

Lundi 21 janvier 2013 | 11 h 45 à 12 h 30 | Salle 413, Félix-Antoine-Savard


Patrick Loobuyck a étudié les sciences des religions à l’Université catholique de Leuven et l’éthique à l’Université Ghent. Il est présentement professeur au Centre Pieter Gillis de l'Université d’Antwerp (Anvers) et professeur invité à l'Université de Ghent. Ses recherches portent sur le libéralisme, les rapports Églises et États, la religion dans la sphère publique, l'éducation religieuse, le multiculturalisme, Habermas et Rawls. Il a publié dans plusieurs revues nationales et internationales, notamment Journal of Church and State, British Journal of Religious Education, Journal for the Scientific Study of Religion and Ethnicities.

 

Activité publique | Bienvenue à tous

 

Informations: Jean-Philippe Perreault 418 656-2131, poste 3523 | FAS - 710

jean-philippe.perreault.2@ulaval.ca

Affiche: Conférence_Religion_Belgique.pdf (370,17 kb)

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À l'agenda

Les campagnes de prévention ont-elles leur place en ECR?

par Collaboration spéciale 3 octobre 2012 20:48

De prime abord, la prévention semble chez elle en ECR. Pourtant, on doit se demander si les intentions des campagnes de prévention sont conciliables avec la réflexion éthique. Et rien n'est moins certain...

 

Par Jean-Philippe Perreault, FTSR, Université Laval et

Nicole Marchand, IDÉA de l'Université Laval


Intimidation, discrimination, violence, alcool au volant, consommation de drogue : autant de réalités auxquelles le milieu scolaire est sensible. Confrontée directement à certains de ces problèmes, l’école assume une double responsabilité. D’une part, elle intervient afin d’assurer aux élèves un environnement sain et des conditions favorisant l’apprentissage. D’autre part, au nom de sa triple mission (instruire, qualifier, socialiser), ces enjeux sont pour elle des questions d’éducation. Dès lors, l’école apparaît comme le terrain naturel et privilégié de différentes formes de prévention et de sensibilisation.

 

Tout en reconnaissant leur pertinence et leur nécessité, les campagnes de prévention posent tout de même question en regard de la place qu’elles prennent ou pourraient prendre comme activités pédagogiques. À ce sujet, les programmes Éthique et culture religieuse (ECR) du primaire et du secondaire semblent, à première vue, particulièrement concernés. En raison des thèmes et éléments de contenu qui y sont abordés et, particulièrement au secondaire, de l’expertise des enseignants qui les dispensent, on comprend aisément que les cours d’ECR puissent paraître l’espace tout désigné de la prévention.

 

Cependant, cette parenté entre la réflexion éthique et la prévention masque plusieurs difficultés. Est-ce que prévenir des situations problèmes qui concernent le vivre-ensemble équivaut à réfléchir sur des questions éthiques? La prévention est-elle une occasion de développement de la compétence en éthique ou un obstacle?

 

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Analyses|réflexions

Livre: De l'exigente conciliation entre le soi, l'autre et le nous

par Enseigner l'ÉCR 6 juin 2012 20:55

 

Vient de paraître, aux Presse de l'Université Laval l'ouvrage Le programme d'éthique et culture religieuse: de l'exigente conciliation entre le soi, l'autre et le nous. Sous la direction de Mireille Estivalèzes et Solange Lefebvre (UdeM) l'ouvrage cherche à « nourrir la réfexion sur le programme d’éthique et culture religieuse lui-même, mais se veut aussi une contribution aux débats sur des questions de société aussi essentielles que les modèles de gestion  politique et éducative de la diversité religieuse, les notions de neutralité, de laïcité et de sécularité, ainsi que les valeurs culturelles que doit privilégier le Québec

 

Présentation du livre

 

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Actualités

Camil Bouchard et la formation éthique

par Jean-Philippe Perreault, FTSR ULaval 28 mai 2012 12:20

« Former des citoyens responsables, autonomes et difficiles à gouverner ». Voilà la réponse de Camil Bouchard en conférence d’ouverture du colloque du CTREQ Partageons nos savoirs. Et la question? Ah oui : quelle réussite éducative? Il a invoqué la nécessité que l’école québécoise s’engage dans une mission explicite (il insiste) à la formation à l’éthique, à la citoyenneté et à la démocratie. Il a soutenu qu’il fallait penser l’éducation en des termes qui paraissent un peu vieillots : ceux du « bien commun ». Tout ça vous dit quelque chose?


« On ne fera pas semblant », a-t-il dit, évoquant dès le départ le contexte pour le moins particulier de ce printemps québécois. Voulant aborder de front les enjeux, le professeur, chercheur et ex-député a d’abord brossé un certain portrait de ce qu’il a appelé « la crise de civilisation » actuelle : crise économique, « modèle québécois » menacé, dissolution du bien commun au profit des réussites individuelles, crise démocratique, etc.  « Les boursicoteurs avides et sans scrupules, on les produit dans nos écoles… » a-t-il lancé avant de conclure qu’il s’agit d’une « crise éthique et morale ».

 

Nul besoin de partager pleinement les points de vue situés et réfléchis du conférencier pour apprécier le rappel. Que les premiers mots d’un colloque où il fut question de moyens, de stratégies, d’outils, d’innovation soient consacrés à ce « pourquoi » originel et fondateur de la mission éducative fut bénéfique. N’est-ce pas là que se trouve, ultimement, le sens des efforts, des dépassements et des investissements des quelque 500 acteurs passionnés d’éducation réunis par le CTREQ?

 

ECR interpellé

Il y a de quoi à ce que les engagés en enseignement de l’éthique et de la culture religieuse se sentent particulièrement interpellés. Sans même être chauvin, on peut entendre dans les propos de Camil Bouchard les deux finalités du programme ECR: la reconnaissance de l’autre et la poursuite du bien commun. Des finalités « explicites », de surcroit.

 

Ainsi, devant les réactions somme toute enthousiastes de l’assistance – pour ce qu’on a pu en observer – il est difficile de résister à l’envie quelque peu narquoise de répliquer : s’il s’agit d’une mission fondamentale que cette formation à l’éthique et au bien commun, c’est dire que le programme Éthique et culture religieuse l’est tout autant! ECR est donc quelque chose comme une « grande petite » matière en mesure de jouer un rôle déterminant.    

 

Un rôle déterminant parce que dès l’appel de Camil Bouchard pris au sérieux, on saisit la complexité de la tâche. On conviendra que rendre autonome, responsable et critique a bien peu à voir avec la simple expression d’opinions ou la chronique d’humeurs, tant celles élèves que des enseignants. Le développement de l’esprit critique exige la compréhension, la réflexion et le dialogue (tiens donc : les trois compétences du programme ECR!).

 

Ce trio d’actions est un engagement dans une démarche particulière qui est la clé de voute de la poursuite du bien commun en des sociétés comme la nôtre. Il s’agit de comprendre, réfléchir et dialoguer avec d’autres : ceux qui l’ont fait avant nous, ceux qui le font avec nous et ceux qui ne le font pas comme nous et arrivent à des résultats différents. C’est à ces conditions que l’on peut parler d’une « éducation aux valeurs ». Voilà ce que nous semble être un « citoyen autonome, responsable et difficile à gouverner ». Un citoyen qui ne nous redit pas ce que l’on veut entendre en adoptant sans broncher notre vision de la société. Un citoyen en mesure de penser par lui-même, certes, mais surtout capable de penser avec d’autres. Parce qu’aussi important soit-il, à lui seul l’esprit critique ne permet pas la poursuite du bien commun, pas plus que la somme des individus autonomes ne fait la société. La réflexion éthique et le dialogue commencent là : lorsque les valeurs et les idéaux entrent en tension et en conflit. À ce moment, les finalités du programme  prennent tout leur sens: reconnaître l’autre et poursuivre le bien commun. 

 

Est-ce dire qu’il n’y a plus de valeurs communes à transmettre? Non. Tout au contraire. Cependant, l’école n’invente pas les valeurs et les normes : elles sont là, présentes et circulant dans les familles, la culture et la société. Le rôle de l’école est d’apprendre aux élèves à comprendre, à réfléchir et à dialoguer. Ce faisant, c’est à l’élaboration constante de valeurs communes que nous travaillons en permettant aux élèves de lier le passé et l’avenir, les traditions et le présent, soi et les autres. Et il est de la responsabilité de l’École de leur permettre de découvrir l’intelligence humaine et sociale développée par les générations précédentes dont ils ne se savent pas nécessairement héritiers. Bref, développer une culture seconde, dirait Fernand Dumont : reprendre « à mon compte une certaine distance entre un sens premier du monde disséminé dans la praxis propre à mon contexte collectif et un univers second où ma communauté historique tâche de se donner, comme horizon, une signification cohérente d’elle-même » (Le lieu de l’homme, Montréal, HMH, 1968, p. 41). 

 

Si l’École a besoin d’un outil pour répondre à l’appel de Camil Bouchard, sachons qu’elle le possède déjà, pour peu qu’on le reconnaisse.

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Analyses|réflexions

Livre: ÉCR en question

par Enseigner l'ÉCR 11 mai 2012 19:31

 

 

Aux Presses de l'Université du Québec, vient d'être publié  L'éthique et culture religieuse en question.Réflexion critique et prospective.

 

Sous la direction de Nancy Bouchard et Mathieu Gagnon, l'ouvrage adresse des "questions éthiques, philosophiques et pédagogiques tout en proposant différentes pistes [...] qui contribueront à l’évolution de ce programme, à sa mise en oeuvre ainsi qu’au débat social et politique qu’il suscite."

 

Table des matières et liste des auteurs (974,07 kb)

 

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Actualités

Esprit critique et réflexion éthique

par Collaboration spéciale 6 avril 2012 11:00

Dans le "tout à l'éthique" actuel, développons-nous les conditions de la réflexion éthique? Nous publions ici un extrait de la conférence d’ouverture du dernier congrès de l’AQECR (2011) portant sur l’esprit critique et la réflexion éthique. Le texte intégral est disponible ici.

 

Par Luc Bégin

Faculté de philosophie et

Institut d’éthique appliquée (IDEA)

Université Laval

 

 

Penser la compétence en éthique en terme de réflexion critique n’est pas quelque chose d’abstrait, de théorique, ou d’éloigné de la vie au quotidien. Cela veut dire que le citoyen ayant développé cette compétence adéquatement devrait avoir quelque chose s’apparentant à un réflexe, un souci, ou une sensibilité lui permettant d’être attentif àla dimension éthique des situations dans lesquelles il se trouve ou qui représentent des enjeux pour nos sociétés. En tant qu’il a développé cette aptitude, cette capacité à aborder de manière réflexive les conduites, les valeurs, les normes et, globalement, les questions éthiques, on peut légitimement en attendre qu’il exerce ce jugement critique dans son milieu de travail, dans sa pratique professionnelle ou lorsqu’il remplit ses fonctions au sein d’une organisation. La compétence éthique ne vaut pas que pour les relations privées qu’entretiennent entre elles les personnes; elle ne se ramène pas non plus à des exercices rhétoriques d’argumentation où la répartie la mieux ficelée emporte la mise; ce n’est pas un jeu intellectuel pour orateurs chevronnés, ce à quoi on a trop souvent tendance à la ramener lorsqu’on pratique le débat en public et qu’on détermine un vainqueur au nombre de mains levées.

 

La compétence éthique comprise en termes de réflexion critique est bien plutôt une exigence adressée au citoyen vivant dans une société démocratique et pluraliste. C’est une exigence à l’effet de demeurer vigilant dans sa compréhension de ce qui se passe autour de lui; une exigence d’exercer son jugement et son aptitude à nuancer ses propos; une exigence aussi d’intervenir, de questionner, de se prononcer – et,  au besoin, de dénoncer (plutôt que de détourner les yeux) – lorsque la situation le commande. C’est une exigence à l’effet d’assumer pleinement son rôle de citoyen entendu comme personne autonome et responsable, avec tout ce que cela implique.

 

On peut imaginer qu’ÉCR représente un levier formidable pour aider à ce qu’advienne ce que j’appellerais une « maturité sociale » digne d’une société pluraliste et démocratique. Encore faut-il, toutefois, que l’on aménage les conditions nécessaires à la réussite de ce projet de développement social.

 

Je dirai d’abord de ce contexte social qu’il pourrait être propice à un développement de l’éthique, mais que l’usage public que nous faisons de l’éthique est paradoxal. Le paradoxe s’exprime de la façon suivante : l’injonction qui se répercute le plus largement dans la sphère publique québécoise depuis maintenant deux ou trois ans est celle du « tout à l’éthique ». L’appel à plus d’éthique est en effet partout, dans toutes les sphères d’activités : de la politique –fédérale, provinciale ou municipale –, aux pratiques contractuelles et même dans les activités sportives organisées pour les jeunes où les parents se voient proposés des codes d’éthique. Il n’est pas un lieu, pas une branche de nos activités sociales où l’on  puisse véritablement se retrancher et se prémunir de cette déferlante. Est-ce une bonne chose qu’il en soit ainsi? Tout dépend. D’un point de vue strictement théorique, on pourrait répondre positivement. Toutefois en pratique, c’est tout autre chose. Des nuances importantes s’imposent. C’est qu’en même temps que le langage de l’éthique s’impose massivement dans notre sphère publique, les initiatives législatives et les pratiques encouragées en la matière sont plutôt de l’ordre  du « tout à la conformité », c’est-à-dire au respect de la règle sans autre forme de réflexion. Ce qui est loin d’être la même chose que le « tout à l’éthique ».

 

Il y a une forte tendance à l’heure actuelle dans notre société à parler d’un besoin d’éthique alors que l’on ne fait que mettre en place des mécanismes dont la visée est de garantir la conformité des personnes à des normes devant régler leurs comportements. À la rigueur, on pourrait peut-être parler d’une éthique de la conformité pour qualifier cette conception diffuse, mais tellement présente actuellement au Québec. Mais on conviendra aisément qu’on est alors très loin du sens donné à la notion d’éthique dans le programme ÉCR.

 

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Analyses|réflexions

Réfléchir au coeur de la déferlante éthique | AQECR 2011

par Jean-Philippe Perreault, FTSR ULaval 5 novembre 2011 09:56

« Éthique, éthique, on veut plus d’éthique! » claironnerait le vendeur de journaux à la criée s’il existait encore au Québec. Alors qu’il s’en faut de peu pour voir apparaître des Éthique dépôt tant la demande semble forte depuis les derniers mois, on pourrait croire que la réflexion éthique va de soi, l’actualité cautionnant quotidiennement sa pertinence. Or, les conférences d’ouverture des quatrièmes journées provinciales de formation en éthique et culture religieuse (AQECR) nous ont rappelé que si la vague invite à surfer, elle risque aussi d'engloutir. Parce qu’au fait, de quoi est-il question dans ces appels retentissants à l’éthique?

  

Ceux et celles qui ont répondu cette année à l’invitation de l’AQECR ont été accueillis au Centre des congrès de Rivière-du-Loup par les propos de la journaliste et ex-animatrice de J.E. Jocelyne Cazin. À la fois récit de parcours et regard sur le monde, sa présentation fut faite de nombreuses évocations sur la nécessité de développer un esprit critique.

 

Face à ce qu’il a qualifié de « déferlante », Luc Bégin, professeur à la Faculté de philosophie et directeur de l’Institut d’éthique appliquée de l’Université Laval, s’est interrogé ensuite sur les conséquences de ce « tout à l’éthique » que nous connaissons actuellement. Parce qu’affublés de ce qualificatif, les lois récemment adoptées, les codes que tout un chacun se donne, les mécanismes mis en place pour réagir à des situations considérées - à juste titre - comme scandaleuses et aberrantes ont souvent pour conséquence de réduire l’éthique à la déontologie. Alors que l’esprit critique et l’éthique supposent un rapport réfléchi à soi, aux autres et aux institutions, la tendance actuelle l’associe à la conformité et à la sanction. Ce n’est pas parce qu’on parle d’éthique, a soutenu Luc Bégin, que l’on crée les conditions de la réflexion éthique.

 

Dès lors, plus que jamais la réflexion éthique est tout un défi, pour reprendre le thème de ce congrès. D’une part, il semble nécessaire de clarifier ce qu’il en est en ECR : une réflexion sur les valeurs, les normes et les comportements. Dans cette perspective, « l’esprit critique n’est pas la critique », mais plutôt d’un regard nuancé, justifié permettant « au citoyen de demeurer vigilant », a affirmé Luc Bégin. D’autre part, elle apparaît d’autant plus urgente cette formation à la réflexion que la réponse aux « crises » actuelles tend mener à l'encadrement et à la régulation. Qu’en est-il alors du citoyen autonome et responsable? Avec Habermas, Luc Bégin rappelle que l’autonomie ne réside pas dans la liberté de choisir, mais dans un rapport réfléchi à soi fondant un acteur responsable. Dans cet esprit, « ce n’est pas de suivre des règles qui soit aberrant. C’est de suivre des règles sans réflexion » a précisé le professeur de l'Université Laval en réponse à l'intervention d'un participant.

 

Cette « éthique de la conformité » n’est pas associée qu’aux problèmes qui secouent les administrations publiques, le monde de la construction et le financement des partis politiques. L’École n’en est pas exemptée. Si l’on ne peut que souhaiter la mise en œuvre de campagnes de prévention et de sensibilisation en tous genres, il apparaît clairement que, ce faisant, nous ne sommes pas dans le champ d’une « éthique réflexive », mais davantage dans celui de la moralisation. Personne n’est contre la vertu. Et on comprend, au sortir de ces conférences et alors que s’amorce cette rencontre annuelle, que la vertu est aussi de préserver cet espace unique de formation qu’est la réflexion sur des questions éthiques. Il en va de la mission de l’École québécoise comme l’a rappelé dans son allocution de bienvenue le responsable des programmes ECR au MELS, Jacques Pettigrew.    

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Actualités

« AAAH! J’enseigne ÉCR! » 9 suggestions pour les nouveaux enseignants

par Jean-Philippe Perreault, FTSR ULaval 23 août 2011 12:12

À l’intention de ces jeunes et moins jeunes enseignants de bonne volonté qui en sont à leurs premières armes en éthique et culture religieuse dans les prochains jours, nous proposons, modestement et sans trop se prendre au sérieux, ce qui nous apparaît être neuf clés de réussite en ÉCR. Quelque chose comme un « kit de départ » qui ne demande qu’à être enrichit par vos suggestions et commentaires.


1. Le programme, le programme et le programme

Connaître le programme ÉCR. Ça va de soi, direz-vous. Euh… non! Il n’y a rien de vraiment affriolant dans la lecture d’un programme de formation. Pourtant, avant d’explorer des SAÉ, de parcourir des manuels et de se vautrer dans Wikipédia, développer une compréhension juste de ce programme ambitieux est incontournable. Sans trop exagérer, nous pourrions dire que tout y est.

 

Bien sûr, il est à visiter de la première à la dernière page. Cela dit, voici tout de même quelques attraits incontournables : 

  • Les finalités. Elles nous rappellent que l’ÉCR ne vise pas à former des spécialistes des sciences des religions ou à régler une fois pour toutes les grandes questions éthiques de notre temps, mais bien à favoriser le vivre-ensemble et à former des citoyens en mesure de participer à la culture commune et aux enjeux de société.  
  • Les compétences. Elles sont au cœur du programme et, bien sûr, on finit par les réciter comme un mantra. Cela dit, il y a plus : les composantes des compétences définissent une approche particulière des questions éthiques, du phénomène religieux et de la pratique du dialogue. Comment réfléchit-on sur des questions éthiques? Comment développe-t-on une compréhension du phénomène religieux? Comment pratique-t-on le dialogue? Ce sont les composantes des compétences qui tracent la voie…
  • Les indications pédagogiques avant les éléments de contenu. Les premières fréquentations du programme se trouvent habituellement marquées par l’angoisse ou le découragement lorsqu’on fait face à ces fêtes religieuses qu’on ne sait prononcer, à ces grandes questions éthiques qui apparaissent si complexes, à cette pratique du dialogue qui ne se réduit pas à savoir communiquer. Ces « exemples indicatifs » que l’on retrouve dans le programme ne prennent sens qu’en regard de l’intention pédagogique. Puisque nous y sommes, notons qu’en plus de la prescription par cycle, s’ajoute en culture religieuse une prescription sur les traditions qui n’ont pas toutes la même place dans le programme.

 

 

2. La posture enseignante…

Le programme définit la posture enseignante à adopter : objectivité et impartialité. Certes, on peut associer cette posture aux questions de laïcité scolaire et de neutralité de l’État en matière religieuse. Mais en fait, nous oserions dire que l’essentiel n’est pas là. Il s’agit plutôt d’une question didactique : savoir mettre en place les conditions permettant de comprendre le phénomène religieux et réfléchir sur des questions éthiques. Pour ce faire, il apparaît clair que l’enseignant  doit se soumettre à un constant travail de construction de l’objectivité qui dépasse largement le simple fait de donner ou de ne pas donner son opinion. Les élèves ont-il les ressources, l’espace, les conditions pour comprendre et réfléchir?

 

3. … et la posture apprenante

Si l’ÉCR exige une posture enseignante particulière (est-elle vraiment propre à l’ÉCR : ça reste à voir…), il y a, conséquemment, une posture apprenante. De quoi est-elle faite? Essentiellement, de gestion de la distance. Dès leur tout jeune âge, les enfants évoluent dans un environnement qui est éthiquement et moralement marqué. Réfléchir sur des questions éthiques demande de développer un point de vue – rien à voir avec une opinion, mais tout avec regard sur… –  sur les valeurs et les normes ambiantes.  De la même façon, ils sont confrontés à toutes sortes d’expressions du religieux (de l’église du village au reportage télé sur la fin du ramadan). Afin de comprendre ces expressions, ils développent un regard informé et juste.

 

Ainsi, lorsqu’ils sont face à des phénomènes ou des problèmes qui leur sont étrangers, les élèves doivent s’approcher pour mieux comprendre et réfléchir. À l’inverse, lorsque l’objet est proche d’eux, ils doivent prendre un certain recul. Être objectif, c’est gérer la distance afin d’observer l’objet d’étude sous un maximum de facettes et de points de vue. Et la pratique du dialogue permet de multiplier ces regards, tant en éthique qu’en culture religieuse. Cette posture apprenante semble l’un des enjeux didactiques majeurs. L’objectivité, pour reprendre la jolie formule utilisée par le sociologue Raymond Lemieux, c’est offrir l’hospitalité à l’autre. Sans plus ni moins.

 

4. Distinguer morale et éthique

Réfléchir sur des questions éthiques ce n’est pas faire de la morale. Pour faire court, nous pourrions dire que la morale renvoie à ce que l’on doit faire pour atteindre un idéal de vie bonne. Les normes, les valeurs, les règles qui nous guident appartiennent à ce champ. En revanche, l’éthique est de l’ordre du désir, de la motivation, de l’inspiration de l’action. Réfléchir sur des questions éthiques, ce n’est pas d’abord se demander « que dois-je faire? », mais bien « pourquoi devrait-on le faire? ». Voilà pourquoi le recours au dilemme comme stratégie didactique ne suffit pas. On ne veut pas simplement que les élèves sachent ce qu’ils doivent faire pour répondre aux normes et règles en vigueur, mais qu’ils réfléchissent sur ces règles, valeurs et normes. Dès lors, on comprend que la visée n’est pas de prendre position, mais de réfléchir, c’est-à-dire d’identifier les valeurs et les normes, de repérer les tensions, de considérer différents repères pour mieux saisir la situation d’un point de vue éthique et de reconnaître différentes options et actions possibles.

 

5. Distinguer religions et culture religieuse

Il n’est pas tant question dans ce programme de religions que de culture religieuse. La culture religieuse est cet ensemble formé d’expressions du religieux (récits, édifices, objets, rites, comportement, œuvre d’art, etc.) présentes dans l’environnement. On joue sur les mots? Peut-être, mais ils sont importants. Ils définissent ici l’approche et la visée : explorer des expressions – donc des objets observables – afin de comprendre le monde qui nous entoure. Ainsi, en ÉCR comme en sciences des religions, on ne se demande pas si Dieu existe. On constate que certains y croient et on cherche à comprendre les manifestations visibles (récits, rites, pratiques, valeurs, objets...) de cette croyance que l’on retrouve dans la culture.

 

6. Distinguer communication et dialogue

Communiquer et pratiquer le dialogue, dans la perspective du programme, ne sont pas équivalents. Certes, une communication claire facilite le dialogue. Toutefois, le dialogue ne s’y réduit pas. Pratiquer le dialogue est beaucoup plus fondamental, oserions-nous dire, que savoir s’exprimer oralement. Il s’agit d’organiser sa pensée, d’interagir avec les autres et d’élaborer des points de vue. Ce n’est pas en réunissant quatre élèves et en leur ordonnant d’échanger qu’il y a automatiquement dialogue. La pratique du dialogue s’enseigne et s'apprend.

 

7. Créer des situations d’apprentissage signifiantes

Si l’on prend au sérieux les affirmations précédentes voulant que les élèves évoluent dans des environnements éthiquement marqués et qu’ils soient en contact avec des expressions du religieux, il est difficile de comprendre comment on en arrive parfois à des SAÉ qui, aux dires des élèves, sont déconnectées et inutiles. Les déclencheurs, les mises en situation, les études de cas, les jeux de rôles intéressants et accrocheurs se bousculent dès lors que l’on comprend bien le thème que l’on doit travailler. L’actualité, la vie de la classe, les loisirs, la vie de famille, les activités culturelles fournissent tous les jours des questions éthiques et des phénomènes religieux à explorer. Le défi n’est pas de fabriquer un givrage sucré sans valeur nutritive simplement pour plaire, mais de repérer dans la situation des jeunes et dans les défis de leur quotidien des enjeux éthiques et des expressions du religieux. Et, de là, leur permettre de réfléchir et de comprendre – puisque c’est ce qui est visé – en leur offrant les conditions nécessaires pour prendre une distance, appréhender différemment la situation, se décentrer et découvrir comment d’autres avant eux ont abordés et compris des enjeux semblables.

 

8. Considérer l’ÉCR comme une « grande petite matière »

C’est clair : en regard du temps accordé, l’ÉCR est au nombre des petites matières (y a-t-il vraiment de petites matières en éducation?). Cependant, par son contenu, par sa complémentarité avec les autres disciplines, par sa contribution à la vie de la classe et de l’école, il s’agit d’une grande matière. Développer chez des élèves des compétences comme réfléchir, comprendre, pratiquer le dialogue est tout sauf négligeable.

 

9. Éviter l’isolement…

Les conditions de pratiques en ÉCR – comme en d’autres matières ayant peu d'espace dans la grille horaire – peuvent mener à un certain isolement des enseignants. Or, ne faut-il pas tout faire pour créer des lieux d’échange et de collaboration entre enseignants? Et il n’y a pas que la salle des profs... Pensons notramment à Twitter, Facebook, le site du RÉCIT DP, EnDirect… et Enseigner l’ÉCR!: n’hésitez pas à nous poser des questions et à nous faire des suggestions: ecr@ftsr.ulaval.ca

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Actualités | Analyses|réflexions

Gare à la nostalgie de Noël...

par Jean-Philippe Perreault, FTSR ULaval 18 décembre 2010 07:16

Ceux qui se servent des médias comme lieu d’observation de la société et de la culture l’auront peut-être remarqué. Circule ces jours-ci un discours nostalgique sur les traditions des Noëls d’antan (à tout le moins ce qu’on pense qu’ils étaient). De la discussion chez Bazzo au Train de Josélito, on condamne en chœur le consumérisme qui vampirise les rites et rituels, le sens et les « vraies » valeurs du temps des fêtes.

 

Si la question de la perte des valeurs et de la disparition des traditions mérite d’être posée, les réponses demeurent la plupart du temps insatisfaisantes. Le fait d’en parler témoigne à lui seul d’une réelle remise en cause. Il s’agit d’une conséquence prévisible de ce que l’on peut reconnaître comme un changement de civilisation. Les sociétés d’autrefois étaient gouvernées par des impératifs de continuité. Refuser la tradition, c’était mettre en péril l’avenir. En des sociétés dites modernes, l’impératif est désormais celui du changement, du Progrès. Ce n’est plus vers hier mais demain que les regards sont tournés. L’histoire est un loisir, le passé est un folklore, le savoir est entre les mains rosées de la jeunesse et non plus celles, ridées, des sages.

 

Cela dit, était-ce vraiment mieux autrefois? Peut-être. Autrefois est toujours mieux, semble-t-il. Là n’est pas la question. L’enjeu est celui de la posture. Lorsqu’on tente de comprendre le phénomène religieux ou de réfléchir sur les valeurs et les normes, une semblable nostalgie nous mène sur une pente qui, si elle n’est pas fatale, est assurément glissante.

 

Les rites comme constance anthropologique

Ceux qui décrient la perte des pratiques rituelles reconnaissent du même souffle leur implacable nécessité. En toute logique, il faudrait leur  demander comment nos contemporains font alors pour survivre si les rites sont à la fois essentiels et dissous dans la société de consommation. Mais là n’est pas encore tout à fait la question.

 

Grossissons volontairement le trait et caricaturons un peu, par nécessité pédagogique. La pente glissante que nous évoquons est liée à une conception du passé comme un univers plein et du présent comme vide. L’autrefois est d’autant plus chargé de sens, de symbole, de profondeur, de vérité et de beauté que notre monde semble pour certains plat, terne, superficiel, virtuel, déconstruit. Comment alors avoir accès à cette Atlantide qu’était la vie religieuse et rituelle de nos ancêtres? Comment la comprendre? Et, surtout, quel statut accorder aux différentes expressions contemporaines du religieux : des résidus, des succédanés, des ersatz? Sauf en de rares exceptions, le religieux, quelle que soit l’intensité qu’on lui accorde, n’est jamais complètement déconnecté de la culture ambiante. Les formes « traditionnelles » qui survivent aujourd’hui ne sont pas détachées de la culture. Inversement, la culture n’est jamais vide de traditions. Certes, les rapports aux traditions évoluent. Il est primordial en ÉCR d’en rendre compte. Mais de là à dire qu’il y a un « vrai » sens de Noël désormais perdu, il y a un pas que l’approche culturelle du religieux, en respect de la posture enseignante et des analyses sociologiques et anthropologiques, ne peut franchir.

 

Le sens n’est jamais vrai ou faux. Il est toujours un construit. La signification que l’on accorde à des concepts, des pratiques ou des événements peut effectivement mener à des impasses et induire des comportements pervers – et le consumérisme ambiant mérite, à ce titre, un tel regard critique. Cependant, pour les gens qui construisent de telles significations, il y a nécessairement une cohérence, une efficacité symbolique, quelque chose qui fait vivre. Vivre bien? Vivre mal? Se trompent-ils ou sont-ils trompés? Possible. Mais une description objective de ces phénomènes devra réserver ces jugements de valeur pour les discussions du réveillon. Et si l’on décide de procéder à une telle évaluation du passé et du présent, il faudra multiplier les perspectives et les points de vue. Pour ce faire, vaut mieux être nanti d’une réflexion solide en considérant, notamment, que nous lisons toujours le passé au présent, avec les préoccupations et les sensibilités qui sont les nôtres.

 

Une réflexion éthique pour Noël

Lancer une réflexion éthique sur Noël, la consommation, les cadeaux, l’entraide, la générosité n’est pas une mauvaise idée. Toutefois, cette réflexion ne pourra faire l’économie d’une compréhension de ce qui est en jeu dans la manière de vivre le temps des fêtes : quelles normes et quelles valeurs soutiennent tant les Noëls-de-la-simplicité-volontaire que les Noëls-Visa-et-Mastercard. Et ici aussi, la préparation de réflexion ne peut, me semble-t-il, reposer sur le postulat voulant qu’il y ait un vrai sens à Noël dont nos enfants et adolescents seraient privés; et conséquemment qu’il faudrait leur faire découvrir. Complexe d’en arriver à une réflexion nuancée sur ce sujet? Pas nécessairement. Le joli film d’animation de l’ONF Noël, Noël pose la question en des termes clairs et offre la trame narrative nécessaire pour jouer avec les concepts, les principes, les valeurs et les normes qu’explore une réflexion éthique.

 

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Pour développer un regard neuf sur ces questions, imaginez-vous anthropologue lors de vos réunions familiales des prochains jours. En prenant vos oncles et vos tantes pour les membres d’une civilisation jusque-là inconnue, il se pourrait que certaines dimensions rituelles et festives se fassent voir autrement. Si la fête lève, personne ne se rendra compte de ce regard curieux que vous leur portez. Et si le party n’a rien de transcendant, l’exercice a le mérite de désennuyer…

 

 Joyeux Noël et bonne année 2011!  

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Analyses|réflexions

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