À quels moments peut-on entendre une mouche voler dans une classe d’étudiants en éducation? Il y en a deux. Lorsqu’il est question des moyens d’évaluation qui leur sont imposés, et de ceux qu’ils imposeront à leurs élèves. C’est dire la place qu’occupe l’évaluation non seulement en éducation, mais plus globalement dans une culture de la performance et de la technique comme la nôtre.
Ces rapports globaux à l’évaluation expliqueront sans doute les différentes réactions aux changements annoncés. Pour ceux qui lisent le programme « par la fin », les modifications apportées dans la foulée de la mise en place du nouveau bulletin national seront considérées comme un appauvrissement. Pour eux, passer de neuf à cinq critères et de trois à une seule note au bulletin sera une perte. L’évaluation primant, ils seront enclins à mettre de côté certaines composantes des compétences désormais comprises comme facultatives parce qu’elles ne se retrouvent plus, telles quelles, dans le nouveau cadre d’évaluation.
Par contre, ceux qui lisent le programme « par le début », les apprentissages demeureront les mêmes, les composantes des compétences seront toujours aussi essentielles et l’évaluation sera simplifiée. Moins de temps pour évaluer, plus de temps pour enseigner. Le processus d’apprentissage s’y trouve valorisé dans la mesure où pour satisfaire les critères, il faudra bien que l’élève ait développé les compétences. Et pour ce faire, toutes les ressources et les démarches mises de l'avant par le programme demeurent nécessaires. Pour peu que l’on s’y attarde et que l’on accepte les balises qui ont présidé à ces modifications, on ne peut que constater un allègement bienfaiteur, dégageant du temps et de l’énergie qui pourront être réinvestis dans la construction des savoirs dont l’évaluation doit simplement rendre compte, au final.
Ainsi, la pratique du dialogue se trouve ni à disparaître ni à être dépréciée. Que son évaluation soit en partie intégrée aux deux autres compétences évite certains doublons et s’inscrit dans l’esprit du programme : on pratique le dialogue soit en éthique, soit en culture religieuse, mais jamais « à vide ». De la même façon, que l’analyse d’une situation éthique et l’examen de repères soient évalués à l’aide d’un seul critère (traitement éthique d’une situation) simplifie le processus sans pour autant que nous ayons à renoncer à l’essentiel. Il en va de même en culture religieuse.
Confrontés à la lourdeur du processus, certains enseignants ont dû se résigner à laisser tomber quelques morceaux lorsque vient le temps d'évaluer. Ces changements sont-ils le meilleur moyen d’alléger leur tâche ? À eux de le dire. Néanmoins, les réorientations paraissent cohérentes et salutaires. Et puis avouons-le: considérer qu’évaluer différemment la pratique du dialogue équivaut à en réduire la portée, c’est sous-estimer la fonction de cette compétence dans le programme. Lorsqu’on vise la reconnaissance de l’autre et la poursuite du bien commun, la pratique du dialogue est l’approche incontournable pour mener une réflexion éthique au-delà de la morale et comprendre le phénomène religieux dans une perspective culturelle.
Des formations sur l'évaluation en ÉCR seront offertes partout au Québec à partir de janvier 2011.