À l’intention de ces jeunes et moins jeunes enseignants de bonne volonté qui en sont à leurs premières armes en éthique et culture religieuse dans les prochains jours, nous proposons, modestement et sans trop se prendre au sérieux, ce qui nous apparaît être neuf clés de réussite en ÉCR. Quelque chose comme un « kit de départ » qui ne demande qu’à être enrichit par vos suggestions et commentaires. 
1. Le programme, le programme et le programme
Connaître le programme ÉCR. Ça va de soi, direz-vous. Euh… non! Il n’y a rien de vraiment affriolant dans la lecture d’un programme de formation. Pourtant, avant d’explorer des SAÉ, de parcourir des manuels et de se vautrer dans Wikipédia, développer une compréhension juste de ce programme ambitieux est incontournable. Sans trop exagérer, nous pourrions dire que tout y est.
Bien sûr, il est à visiter de la première à la dernière page. Cela dit, voici tout de même quelques attraits incontournables :
- Les finalités. Elles nous rappellent que l’ÉCR ne vise pas à former des spécialistes des sciences des religions ou à régler une fois pour toutes les grandes questions éthiques de notre temps, mais bien à favoriser le vivre-ensemble et à former des citoyens en mesure de participer à la culture commune et aux enjeux de société.
- Les compétences. Elles sont au cœur du programme et, bien sûr, on finit par les réciter comme un mantra. Cela dit, il y a plus : les composantes des compétences définissent une approche particulière des questions éthiques, du phénomène religieux et de la pratique du dialogue. Comment réfléchit-on sur des questions éthiques? Comment développe-t-on une compréhension du phénomène religieux? Comment pratique-t-on le dialogue? Ce sont les composantes des compétences qui tracent la voie…
- Les indications pédagogiques avant les éléments de contenu. Les premières fréquentations du programme se trouvent habituellement marquées par l’angoisse ou le découragement lorsqu’on fait face à ces fêtes religieuses qu’on ne sait prononcer, à ces grandes questions éthiques qui apparaissent si complexes, à cette pratique du dialogue qui ne se réduit pas à savoir communiquer. Ces « exemples indicatifs » que l’on retrouve dans le programme ne prennent sens qu’en regard de l’intention pédagogique. Puisque nous y sommes, notons qu’en plus de la prescription par cycle, s’ajoute en culture religieuse une prescription sur les traditions qui n’ont pas toutes la même place dans le programme.
2. La posture enseignante…
Le programme définit la posture enseignante à adopter : objectivité et impartialité. Certes, on peut associer cette posture aux questions de laïcité scolaire et de neutralité de l’État en matière religieuse. Mais en fait, nous oserions dire que l’essentiel n’est pas là. Il s’agit plutôt d’une question didactique : savoir mettre en place les conditions permettant de comprendre le phénomène religieux et réfléchir sur des questions éthiques. Pour ce faire, il apparaît clair que l’enseignant doit se soumettre à un constant travail de construction de l’objectivité qui dépasse largement le simple fait de donner ou de ne pas donner son opinion. Les élèves ont-il les ressources, l’espace, les conditions pour comprendre et réfléchir?
3. … et la posture apprenante
Si l’ÉCR exige une posture enseignante particulière (est-elle vraiment propre à l’ÉCR : ça reste à voir…), il y a, conséquemment, une posture apprenante. De quoi est-elle faite? Essentiellement, de gestion de la distance. Dès leur tout jeune âge, les enfants évoluent dans un environnement qui est éthiquement et moralement marqué. Réfléchir sur des questions éthiques demande de développer un point de vue – rien à voir avec une opinion, mais tout avec regard sur… – sur les valeurs et les normes ambiantes. De la même façon, ils sont confrontés à toutes sortes d’expressions du religieux (de l’église du village au reportage télé sur la fin du ramadan). Afin de comprendre ces expressions, ils développent un regard informé et juste.
Ainsi, lorsqu’ils sont face à des phénomènes ou des problèmes qui leur sont étrangers, les élèves doivent s’approcher pour mieux comprendre et réfléchir. À l’inverse, lorsque l’objet est proche d’eux, ils doivent prendre un certain recul. Être objectif, c’est gérer la distance afin d’observer l’objet d’étude sous un maximum de facettes et de points de vue. Et la pratique du dialogue permet de multiplier ces regards, tant en éthique qu’en culture religieuse. Cette posture apprenante semble l’un des enjeux didactiques majeurs. L’objectivité, pour reprendre la jolie formule utilisée par le sociologue Raymond Lemieux, c’est offrir l’hospitalité à l’autre. Sans plus ni moins.
4. Distinguer morale et éthique
Réfléchir sur des questions éthiques ce n’est pas faire de la morale. Pour faire court, nous pourrions dire que la morale renvoie à ce que l’on doit faire pour atteindre un idéal de vie bonne. Les normes, les valeurs, les règles qui nous guident appartiennent à ce champ. En revanche, l’éthique est de l’ordre du désir, de la motivation, de l’inspiration de l’action. Réfléchir sur des questions éthiques, ce n’est pas d’abord se demander « que dois-je faire? », mais bien « pourquoi devrait-on le faire? ». Voilà pourquoi le recours au dilemme comme stratégie didactique ne suffit pas. On ne veut pas simplement que les élèves sachent ce qu’ils doivent faire pour répondre aux normes et règles en vigueur, mais qu’ils réfléchissent sur ces règles, valeurs et normes. Dès lors, on comprend que la visée n’est pas de prendre position, mais de réfléchir, c’est-à-dire d’identifier les valeurs et les normes, de repérer les tensions, de considérer différents repères pour mieux saisir la situation d’un point de vue éthique et de reconnaître différentes options et actions possibles.
5. Distinguer religions et culture religieuse
Il n’est pas tant question dans ce programme de religions que de culture religieuse. La culture religieuse est cet ensemble formé d’expressions du religieux (récits, édifices, objets, rites, comportement, œuvre d’art, etc.) présentes dans l’environnement. On joue sur les mots? Peut-être, mais ils sont importants. Ils définissent ici l’approche et la visée : explorer des expressions – donc des objets observables – afin de comprendre le monde qui nous entoure. Ainsi, en ÉCR comme en sciences des religions, on ne se demande pas si Dieu existe. On constate que certains y croient et on cherche à comprendre les manifestations visibles (récits, rites, pratiques, valeurs, objets...) de cette croyance que l’on retrouve dans la culture.
6. Distinguer communication et dialogue
Communiquer et pratiquer le dialogue, dans la perspective du programme, ne sont pas équivalents. Certes, une communication claire facilite le dialogue. Toutefois, le dialogue ne s’y réduit pas. Pratiquer le dialogue est beaucoup plus fondamental, oserions-nous dire, que savoir s’exprimer oralement. Il s’agit d’organiser sa pensée, d’interagir avec les autres et d’élaborer des points de vue. Ce n’est pas en réunissant quatre élèves et en leur ordonnant d’échanger qu’il y a automatiquement dialogue. La pratique du dialogue s’enseigne et s'apprend.
7. Créer des situations d’apprentissage signifiantes
Si l’on prend au sérieux les affirmations précédentes voulant que les élèves évoluent dans des environnements éthiquement marqués et qu’ils soient en contact avec des expressions du religieux, il est difficile de comprendre comment on en arrive parfois à des SAÉ qui, aux dires des élèves, sont déconnectées et inutiles. Les déclencheurs, les mises en situation, les études de cas, les jeux de rôles intéressants et accrocheurs se bousculent dès lors que l’on comprend bien le thème que l’on doit travailler. L’actualité, la vie de la classe, les loisirs, la vie de famille, les activités culturelles fournissent tous les jours des questions éthiques et des phénomènes religieux à explorer. Le défi n’est pas de fabriquer un givrage sucré sans valeur nutritive simplement pour plaire, mais de repérer dans la situation des jeunes et dans les défis de leur quotidien des enjeux éthiques et des expressions du religieux. Et, de là, leur permettre de réfléchir et de comprendre – puisque c’est ce qui est visé – en leur offrant les conditions nécessaires pour prendre une distance, appréhender différemment la situation, se décentrer et découvrir comment d’autres avant eux ont abordés et compris des enjeux semblables.
8. Considérer l’ÉCR comme une « grande petite matière »
C’est clair : en regard du temps accordé, l’ÉCR est au nombre des petites matières (y a-t-il vraiment de petites matières en éducation?). Cependant, par son contenu, par sa complémentarité avec les autres disciplines, par sa contribution à la vie de la classe et de l’école, il s’agit d’une grande matière. Développer chez des élèves des compétences comme réfléchir, comprendre, pratiquer le dialogue est tout sauf négligeable.
9. Éviter l’isolement…
Les conditions de pratiques en ÉCR – comme en d’autres matières ayant peu d'espace dans la grille horaire – peuvent mener à un certain isolement des enseignants. Or, ne faut-il pas tout faire pour créer des lieux d’échange et de collaboration entre enseignants? Et il n’y a pas que la salle des profs... Pensons notramment à Twitter, Facebook, le site du RÉCIT DP, EnDirect… et Enseigner l’ÉCR!: n’hésitez pas à nous poser des questions et à nous faire des suggestions: ecr@ftsr.ulaval.ca